27.02.2009

La mort qui vous touche de près

Une sensation de vide dans le corps, quelque chose d’indéfinissable qui veut sortir, provoquée par l’émotion immense, le chagrin. Il faut que ça se vide. On naît petit, le corps bien rempli de ce capital de sentiments intacts, gonflé à bloc ; le corps grandit, se vide petit à petit des blessures de la vie, de superficielles à d’importantes ; ce sac se désemplit.

Lorsque l’émotion est son paroxysme, ça reste bloqué dans la poitrine, en haut de la poitrine. Il faut que ça parte qu’on se vide. Et puis tout à coup, jaillit les larmes, les sanglots sortent par la bouche, par le nez, par les yeux ; ça ne peut rester en dedans, il faut que ça sorte comme le volcan : le bouchon a cédé sous la pression. Évacuer la douleur contenue comme le jeune cheval fougueux qu’on débourre, ses naseaux expulsent des jets de souffles puissants mêlés d’eau brûlante, la bave aux mors - la bande dessinée le représente bien -…

Le vide s’est apaisé dans le corps, le cerveau prend le relais pour le mettre de coté, pour l’analyser, c’est le jeu de l’inconscient. De toute manière ça va ressortir de façon anodine et pernicieuse, la cicatrice n’est pas près de se fermer ! Il restera toujours des séquelles, qui s’ajouteront aux autres blessures. C’est la marque de la vie qui se voit sur les visages, même ceux apaisés. Il y a toujours une trace, au coin de l’œil ou dedans, une plissure gravée du front, un sourire presque parfait… à ne pas confondre avec les aléas du temps.

03.01.2009

Le train des fêtes

Retour case départ au départ de Lyon, le corail intercité n’est pas arrivé, les gens se massent sur le quai dans le froid par paquets au hasard parce que le train ne s’arrête jamais ou l’on croit. Il fait presque nuit. Les fêtes de fin d’année sont terminées, on rentre à la maison. Les sacs de voyage et les grosses valises à roulettes sont en attente près des voyageurs, délestés pour certains des cadeaux promis ou remplacés pas ceux reçus des amis ou de la famille. Le train est annoncé ; il rentre, en tête la loco semble vieille sous la crasse des trajets répétés ; j’aperçois bien vite le conducteur à travers sa petite vitre rectangulaire. Quand le train est à l’arrêt, les gens se dirigent vers les portes les plus proches sans précipitation.
Les places sont occupées rapidement, les moins promptes à dégoter une place, continus le couloir du wagon à la recherche du fauteuil précieux pour passer le voyage assis, les malchanceux resteront debout, certains prennent des places réservées, la technique est simple : à la prochaine gare s’ils sont délogés, ils s’assoient à celles qui se sont libérées sinon ils disparaissent du wagon à la chercher de leur bonheur du confort du voyage. Les croisements sont assez cocasses, difficiles lorsque les bagages sont volumineux parfois même un sac dos chargé pour l’Himalaya heurte la tête d’un passager assis. On ne sait plus voyager léger, une fois j’ai pris un fou rire en n’arrivant pas à hisser ma valise sur une étagère haute.
Lorsque, après une demie heure, le ballet des voyageurs a cessé, c’est la plénitude, tout le monde est bien dans son nuage communautaire, son wagon, le calme est revenu, une position fixe des gens, immuable pour quelques temps, les regards se croisent, se toisent dans une indifférence retenue, calculées ; presque personne parle. Au fond, un passager que je n’entends pas, discourt dans une gestuelle adaptée de la tête jusqu’au bout des doigts pour mieux argumenter : la classe de la communication ! Un autre plus près a trouvé audience avec un couple sur l’éducation nationale, observé par un autre discret mais amusé par son parlé presque mécanique, trop fabriqué ; ils iront ensemble fumer deux tafs aux arrêts brefs de deux minutes chrono sur le pas de la porte ouverte de la rame.
Quand ils passent près de nous pour retourner à leurs places, il sentent la fumée morte. Il n’y a presque pas d’odeurs qui circulent dans le wagon, quelques passagers, mais rares, sentent le parfum quand ils vont aux toilettes. Certains reviendront encore ahuris comme moi de l’état des chiottes, c’est le mot ; celui de gauche était condamné, celui de droite ouvert avec sur le sol de la sciure asséchante, la cuvette remplie à raz bord, bouchée de papier toilette ; tant pis il faut se libérer, on oublie une fois revenu à sa place.
Des jeunes, seuls, en couple, des moins jeunes, pas plus de soixante ans parce que ça devient dur pour les gens âgés, compliqué pour se repérer dans les gares avec des parcours longs aux escaliers raides comme eux, des bagages qu’il faut manipuler. Est-ce que le train leur est interdit ? Ils voyagent en d’autres périodes plus calmes, aux beaux jours ?
C’est dommage, le voyage en train a son charme, ce grand tuyau plein d’âmes traverse les paysages, les villes de gares, les petites maisons habités le long de la voie où l’on voit généralement pas grand monde, isolées dans les campagnes tranquilles de solitude mais où les gens sont solidaires pour parler des choses de l’agriculture, des enfants des grandes villes. Le train file dans la vallée, c’est l’hiver, les forêts aux arbres sans feuilles sont gris. Le train s’enfonce à travers, on dirait qu’il s’ouvre la voie avec nous dedans, avec nos compagnons de route en se disant qu’on pourrait se retrouver sur une île déserte et former une communauté nouvelle, s’organiser pour vivre ensemble. Mais le train s’arrête pour que descendent et montent les passagers et se videra au terminus.
Saint Germain des Fossés, une ville inconnue mais un carrefour ferroviaire comme Saint Pierre des Corps près de Tours où le train repart dans l’autre sens, d’ailleurs le contrôleur le signale avant en confirmant la destination des fois que les voyageurs s’inquiètent. C’est bientôt l’arrivée, c’est bien le train après la fête. Que l’année commence !

21.10.2008

PIANO BAR

Aujourd’hui, j’ai laissé sur ton portable un message pour nous retrouver au piano bar. A la terrasse, sous le soleil, je t’attendais. Le temps était propice à s’expliquer.
Tu es partie avec tes chapeaux sous le bras et ton sac de voyage, décoiffée. Mais qu’est ce que j’ai fait pour que tu me laisses seul. L’appart est triste et le chat aussi. Tu ne viens plus te balader sur les pentes de la Croix Rousse en laissant ton parfum flotté dans les allées ; pourtant j’aurais aimé, ce soir, les dévaler avec toi, main dans la main, comme autrefois, affamés vers le kebab du petit théâtre.
Grand Jo est passé par là. Carine est revenue, il est embêté avec elle. Il n’en revenait pas que tu sois partie comme ça. Il m’a payé une bière vodka et il est parti avec la serveuse au ciné voir un western, je croix.
Je t’attends encore, je sais que tu es toujours en retard. Il faisait nuit, dans le bar aussi, je ne n’ai pas vu le rideau de fer gris, crade, tagué se fermer. Je lui ai mis un grand coup de pied. La tôle ondulée s’est mise à onduler, à onduler comme des vagues. J’ai vu des touches de pianos giclées de partout en blanc et noir et puis plus rien.
L’ambulance roulait doucement en silence, les façades des immeubles clignotaient de bleu. Mon corps était bien.