14.11.2009

Est-ce indécent de demander du feu à une dame ?

Je n’avais pas de feu sur moi. La femme qui fumait sur le trottoir aurait pu m’en donner mais je n’ai pas osé.

Ce stratagème peut servir en d’autres occasions comme celle-ci  lorsque j’ai croisé ce type hagard, habillé comme une cloche, que je croyais reconnaître. Et si c’était lui ? Ce doute m’a trotté dans la tête longtemps.

J’aurais dû lui demander du feu et j’aurai été fixé tout de suite. On aborde la personne en lui disant :

 « Comment ça va vieux ? »

 « Je crois que vous faites erreur de personne, désolé »

Et l’on s’excuse tout honteux devant son sourire narquois qui lui laisse penser :

«  Eh bien toi, t’es bon pour Alzheimer ! »

J’ai regretté de n’avoir pas utilisé l’astuce du feu. Il y a longtemps que je ne l’ai pas vu. Je me dis encore : 

« C’était lui ou  pas ?

Je suis passé à coté de lui sans m’arrêter, en gardant ce doute, puis, en me retournant, je l’ai observé de loin ; je restais toujours sur mon incertitude. J’aurais voulu savoir.

Et pourquoi ? Eh bien parce que le souvenir de gens sur nos traces  nous tiennent à cœur, nous avons fait un bout de chemin ensemble même si les relations ont été interrompues. Cela m’aurait fait mal de savoir qu’il soit tombé dans la déchéance. Et puis si c’était lui, qu’aurais je fait ? Parler avec lui quelques instants pour lui demander comment il va :

«  Eh bien, tu n’as pas besoin de me poser cette question, tu vois ... »

Lui remémorer des souvenir des bons moments passés ensemble et lui dire en partant : « j’espère que tu vas t’en sortir » sachant que tous les deux savons bien qu’il est difficile de sortir du trou. Un jour, le trou pour tout le monde, bien sur, qui se referme à jamais, mais avant, il y a l’avant, la solitude, le désespoir, la souffrance, le manque des autres. Mais moi, je n’y étais pas…

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